ジャポニスム2018|Japonismes 2018


Interview
04/04/2019

Les comédies musicales en 2.5D dépassent les frontières Makoto Matsuda relate les représentations parisiennes des comédies musicales
« Touken Ranbu » et « Pretty Guardian Sailor Moon »

 Avec « Japonismes 2018 », le festival des loisirs japonais a accueilli dans le grand amphithéâtre du Palais des Congrès de Paris « Touken Ranbu : The Musical Atsukashiyama Ibun 2018 Paris » en juillet et « Pretty Guardian Sailor Moon – The Super Live » en novembre. Nous avons demandé à Monsieur Makoto Matsuda, administrateur délégué de l’Association des comédies musicales en 2.5D, comment ces deux pièces, qui offrent chacune une impression différente, ont été reçues par le public en France.

 
―Quelle a été la réaction du public étranger ?

 La réaction des spectateurs était différente suivant que ce soit « Touken Ranbu – the Musical » ou « Sailor Moon », et chacune unique dans son genre.
 Pour « Touken Ranbu », les spectateurs japonais aussi étaient nombreux, et j’étais amusé par le spectacle d’une salle où se mêlaient Français et Japonais. Mais en fait, avant la représentation, un des acteurs avait eu sa rétine décollée et n’a pu participer au spectacle qu’avec sa voix. Les spectateurs ont accueilli chaleureusement ce changement imprévu de la mise en scène, mais c’était après la fin du spectacle que j’ai été le plus surpris. Dans le hall, je voyais des fans français et japonais pliant des senbazuru (pour le lecteur : la légende des mille grues veut que l’on plie mille grues en papier retenues ensemble par des fils pour exaucer son vœu de santé ou de bonheur pour une personne bien particulière) et écrivant ensemble des messages pour l’acteur. Il y avait là une rencontre culturelle allant au-delà des barrières ethniques et des différences d’âge, spontanément née à travers l’amour pour cette œuvre, ses personnages et ses acteurs. Et j’en ai été extrêmement touché.
 Du côté des spectateurs de « Sailor Moon », il n’y avait pratiquement que des Français, puis des gens venus de tous les points d’Europe et des États-Unis. Et j’ai senti le degré de sa propagation et de sa pénétration à juste titre, c’est une série dont le manga d’origine et ses animés sont depuis longtemps appréciés à l’étranger.

 
―Il parait que vous aviez été surpris par la passion des fans étrangères

 « Touken Ranbu – ONLINE » le jeu vidéo n’est pas disponible en France, et pourtant les fans françaises réalisent des costumes des personnages avec une précision incroyable.La même année, nous étions aussi passés à la Japan Expo pour présenter des extraits de la pièce, mais il y avait des visiteurs habillés en costumes fidèlement reproduits d’après la comédie musicale, ils s’étaient référés aux vidéos et aux photos pour les répliquer dans les moindres détails. Il y avait des jeunes gens pour qui porter des costumes pour s’approcher des personnages était devenu leur raison d’être, et cette passion m’a touché et je leur en ai été profondément reconnaissant.

 

 
―L’intérêt porté à la culture pop japonaise est peut-être l’une des raisons de la passion de ces fans ?

  « Touken Ranbu » est l’histoire des « Touken Danshi », la personnification de sabres, c’est donc justement une comédie qui traite le Wa de la culture japonaise. Et quand à « Sailor Moon », elle est l’origine de la pop culture nippone de ces derniers temps reconnue à travers le monde, telle que Perfume ou Kyary Pamyu Pamyu. C’est pour cela que la comédie musicale en 2.5D est une réalisation culturelle des plus japonaises pour les gens à l’extérieur du Japon, et en même temps un paysage qui leur a toujours été familier depuis l’enfance.
 On me demande souvent « quelle procédé d’ingénierie » j’utilise pour exporter la comédie musicale en 2.5D hors du Japon. Mais pour être franc, je n’ai presque pas cette volonté de compétition, de vouloir gagner coûte que coûte. Il n’y a pas de différence d’un pays à un autre, les spectateurs rient au même endroit, pleurent au même endroit. C’est aussi parce qu’ils ont tous grandi avec les animés et mangas japonais, et que le contenu possède maintenant une universalité partagée dans le monde entier.
 Depuis notre première représentation à l’étranger en 2008, pendant 10 ans nous avons présenté dans divers pays, et chaque année ma conviction que la comédie musicale en 2.5D marche dans n’importe sphère culturelle devient de plus en plus forte.

 

 
―Quelle a été la réaction des acteurs qui ont interprété les rôles ?

 Comme on a rarement l’occasion de montrer le jeu des acteurs en dehors du Japon, ils étaient loin d’être décontractés mais heureux en même temps. L’animé et le manga sont un contenu important et cher du Japon, et je pense que toute la troupe ressent ce que c’est que de les interpréter à l’étranger. Pour cette représentation de « Sailor Moon », il y avait beaucoup de spectateurs venus avec leur famille, et les plus petits s’extasiaient de prendre des photos avec leurs guerrières favorites. Tous les acteurs sentaient à fleur de peau qu’il ne fallait pas décevoir les fans de l’œuvre d’origine, ainsi que l’ambiance en plus de la pression de leur responsabilité de représenter le Japon à l’étranger.
 Lors de la réception, dont « Sailor Moon » a eu l’honneur d’être invité, donnée au Japon pour exhorter les participants de Japonismes 2018 avant son lancement en France, beaucoup de personnes sont venues vers nous pour demander aux guerrières Sailor Moon de poser avec elles, et une séance photo s’est alors improvisée dans la salle (rire). Les invités venus de l’étranger et même Monsieur l’Ambassadeur de France au Japon ont posé avec nous. C’est à cet instant que j’ai pensé que le rideau venait de monter, et que nos représentations de Paris commençaient. Parce que ce qui nous attendait de l’autre côté de la mer était des gens possédant cette même intensité de chaleur, cette passion. En outre, pour ces gens, c’étaient ‘les vrais’ qui venaient. Il va sans dire que tout cela faisait d’avantage monter notre adrénaline.

 
―Alors, ils disaient « c’est les vraies Sailor Moon ! » (rire)

 J’ai vu beaucoup de personnes habillées en Sailor Moon en France, et pour moi c’étaient elles qui étaient aussi stylées que les personnages. Mais pour les Français, ce sont les Japonais qui sont ‘vrais’. Et c’est justement pour ça qu’il y a un sens dans le fait que le casting japonais l’interprète à l’étranger.

 

 
―Une représentation de Sailor Moon est attendue prochainement en 2019 aux États-Unis. Et justement, quelles sont les problématiques à venir dans le cadre de la diffusion de la comédie musicale en 2.5D à l’extérieur du Japon ?

 Quand on parle de représentations à l’étranger, leur nombre reste limité et elles peuvent se compter sur les doigts de la main. Et ce sont surtout les coûts qui restent un grand problème à résoudre. Lorsque nous avons une équipe de plusieurs dizaines de personnes, y compris les acteurs, qui traverse la mer et met plusieurs jours pour réaliser les installations, une tournée d’une ou deux représentations est dure sur le plan coût-efficacité. Mais cela-dit, je voudrais accroître les occasions de présenter nos œuvres à l’étranger. Parce que j’ai la conviction qu’il suffit que le public les voie pour qu’il les aime à coup sûr. Et c’est pour cela que je voudrais viser la baisse des coûts et l’amélioration de notre mobilité.

 
―Est-ce que l’option d’avoir un théâtre spécialement dédié aux comédies musicales en 2.5D dans les principales capitales du monde peut être considérée ?

 Par exemple, je ne regretterais pas de mourir pour avoir un théâtre dédié aux comédies musicales en 2.5D à New York, mon vœu le plus cher (rire). Mais il reste encore des étapes qu’il faut surmonter, et pour le moment je concentre mes efforts pour que le casting japonais se déplace à l’étranger et puisse montrer les œuvres. Ainsi par la suite, lorsque la comédie musicale en 2.5D et ses pièces auront commencé à acquérir une renommée mondiale, il se pourrait que « Sailor Moon » soit jouée en chinois avec un casting chinois.

 

 
―Vous parlez d’étape. Les live viewing organisés dans les salles de cinéma pour lesquels au Japon le chiffre des spectateurs mobilisés atteint une envergure de plusieurs dizaines de milliers de personnes, vous les organisez aussi à l’étranger. En est-ce une ?

 En effet, ils se font sous forme de séance de projection de la vidéo de la représentation pour l’Amérique du nord ou du sud, où il y a un décalage horaire, mais pour Taïwan, Hong Kong, l’Australie et la Corée, la représentation est transmise en direct dans les salles. Rien que d’imaginer lors d’une représentation qu’il y a des fans dans plusieurs pays dans le monde qui poussent des cris d’acclamations et applaudissent, n’est-ce pas vraiment émouvant ?

 
―C’est comme si au-delà des frontières, nous sommes liés par les œuvres. Ainsi si vous continuez à promouvoir les œuvres pour qu’elles gagnent une présence au-delà des frontières, un jour viendra peut-être où à partir duquel nous aurons de plus en plus d’enfants d’autres pays pour qui leur rêve sera « de participer aux comédies musicales en 2.5D et de jouer les héros et les héroïnes des œuvres d’origine ».

 Je pense que ce serait une bonne chose d’avoir des Sailor Moon partout dans le monde. Vous ne pensez pas que c’est une belle histoire qu’un enfant se dise « avec des efforts, je pourrai moi aussi devenir un héros ! » et qu’il fasse des efforts, qu’il continue de travailler pour gagner un jour le rôle principal ? Récemment la patineuse artistique russe Evgenia Medvedeva a fait parler d’elle en portant un costume Sailor Moon lors du Gala d’exhibition d’une compétition internationale. Et je crois que c’était à sa manière, une réalisation de son rêve. Je voudrais construire un futur où les comédies musicales en 2.5D deviennent un lieu qui exauce le rêve de chacun. J’espère que « Tomyu » et « Sailor Moon » jouées dans le cadre de Japonismes 2018 auront été, pour tous ceux qui sont venus les voir, l’occasion d’exaucer leur rêve.

Makoto Matsuda

Président-directeur général de Nelke Plannning SA
Administrateur délégué de l’Association des comédies musicales en 2.5D
Producteur de théâtre

 Ses œuvres représentatives sont Musical « The Prince of tennis », Musical « Touken Ranbu », Live Spectacle « NARUTO », Musical « Pretty Gardian Sailor Moon », Musical « Black Butler », « Romeo and Juliet » et « L’opéra rock Mozart » (les versions japonaises de « Roméo et Juliette: de la Haine à l'Amour » et « Mozart, l’opéra rock »), Musical « Amélie », les œuvres interprétées par la compagnie théâtrale EXILE, et bien d’autres.
 Janvier 2018 : passé dans le documentaire télévisuel Jounetsu Tairiku.
 Il ne se limite pas au théâtre et met en place de nouvelles formes de spectacles et d’attractions dans divers domaines. Il est un des top runners dans le business des performances sur scène au Japon.