ジャポニスム2018|Japonismes 2018


Interview
14/08/2018

A propos du lancement de “Japonismes 2018” Entretien avec Laurent PIC, Ambassadeur de France au Japon

 En prélude de l’inauguration de “Japonismes 2018”, nous avons demandé M. Laurent PIC, Ambassadeur de France au Japon, de nous donner ses impressions sur l’attrait de la culture japonaise et de nous parler des relations franco-japonaises.

――Comment s’est déroulée votre rencontre avec la culture japonaise ?

 C’était dans les années 1980, alors que, simple étudiant, je visitais le pays. Les rues de Tôkyô étaient incroyablement modernes. J’ai visité plusieurs fois cette ville, fasciné que j’étais par l’admirable harmonie qui règne entre les bâtiments anciens, notamment les sanctuaires shintô et les temples bouddhiques, et modernes. Du point de vue des Français, un tel attrait pour le Japon reste sans doute assez banal. Encore aujourd’hui, je rencontre beaucoup de mes concitoyens dans les différents lieux touristiques comme Kyôto.

――Les arts traditionnels japonais qui seront présentés dans le cadre de « Japonismes 2018 : les âmes en résonance », comme par exemple l’école Rimpa ou bien le théâtre kabuki, ont eu de multiples influences sur les beaux-arts et la musique en France. Après la Restauration de Meiji, le Japon à son tour a été diversement influencé par la France. Quelle explication donnez-vous à cette influence réciproque ?

 Le terme même de japonisme désigne l’influence que les arts japonais ont eue sur les artistes français du XIXe siècle. Si cette influence est visible dans la peinture impressionniste et dans, par exemple, les œuvres de Van Gogh, elle se retrouve également en musique comme dans les compositions de Debussy. Mais le plus important pour moi, c’est que cette relation d’influence mutuelle ancienne perdure encore aujourd’hui. De nos jours, ce sont le cinéma et les mangas qui attirent l’intérêt du public international. Ainsi, le Festival du film français de Tokyo de l’année dernière a été marqué par l’échange qu’ont eu le metteur en scène Hirokazu Kore-eda et l’actrice Isabelle Huppert sur la représentation des femmes dans le cinéma (Women in Motion).
Loin d’être un phénomène limité dans le temps, cette attraction mutuelle a vocation à faire se rencontrer des artistes de nos deux pays, et ce, quelle que soit l’époque. C’est la dimension concrète de cette attraction mutuelle qui compte. « Japonismes 2018 » est une tentative pour présenter à nouveau en France une culture japonaise en pleine diversification. En tant que représentant des autorités françaises, je suis curieux de voir comment le public français actuel accueillera cette initiative, que je soutiens pleinement.

――L’Ambassade de France au Japon diffuse des informations intéressantes via les réseaux sociaux. Elles sont vraiment très variées, allant des déclarations politiques aux anecdotes humoristiques et aux sujets du quotidien.

 Politique, vie quotidienne, culture… Aucun de ses éléments ne peut être séparé les uns des autres. Nous vivons dans un monde où tout est lié et ce sont ces liens croisés qu’il faut promouvoir. Si les Japonais s’intéressent aux divers attraits qu’offre la France, il en va de même pour les Français.

――L’Ambassade de France au Japon a également été la première a adressé ses condoléances lors de décès de feu Isao Takahata qui nous a quitté en avril dernier. La programmation de « Japonismes 2018 » comprend des créations populaires comme les œuvres de teamLab, le manga ou la vocaloïde Hatsune Miku, mais elle fait aussi un clin d’œil aux expressions les plus contemporaines de la sous-culture comme le spectacle 〈2.5-Dimensional Musical〉“Touken Ranbu“. Elle offrira donc de nombreuses opportunités d’attirer l’intérêt du jeune public.

 Les jeunes sont les acteurs à venir de la relation franco-japonaise. Pour entretenir leur intérêt, il est essentiel que nous pénétrions leurs domaines de prédilection. Les échanges entre les auteurs de mangas et de bandes dessinées devraient ainsi s’accroître dans le futur. Quand on parle de la France, on a encore parfois cette image cliché de la gastronomie, de la qualité de vie et bien sûr de l’impressionnisme. La France, c’est tout cela mais aussi bien d’autres choses. Il faut donc promouvoir le renouvellement de cette image. J’attends des jeunes générations de nos deux pays qu’elles profitent de leur jeunesse pour visiter le pays de l’autre et qu’elles en tirent de l’inspiration.

――Vous êtes un ambassadeur qui s’exprime sur de nombreux sujets. Quelle a été l’occasion de votre nomination au Japon ?

 J’ai demandé expressément à venir au Japon. Dès le début, la France et le Japon ont noué des relations étroites, qui n’ont ensuite cessé de se développer pour couvrir des domaines aussi variés que la sécurité et la défense, l’économie, la culture et l’innovation. Le travail d’un ambassadeur consistant à jouer le rôle d’un chef d’orchestre qui doit réunir tous ses éléments dans une même harmonie, je souhaitais accomplir ma mission dans tous ces aspects.
 Chaque jour que je passe au Japon apporte son lot de surprises et de découvertes. Ce pays a une profondeur difficilement appréhensible en restant uniquement à Tôkyô. Je m’efforce donc toujours de quitter l’enceinte de l’ambassade de France pour rendre visite à mes interlocuteurs dans leur environnement de travail et voyager à travers les différentes régions de l’archipel. Tout récemment, je me suis rendu à Gifu, où j’ai fait la connaissance d’un artisan papetier. J’ai été marqué par la beauté de ses gestes précis dans la fabrication du papier washi, ainsi que par les liens étroits entre son art et la nature. Avec l’opportunité que j’ai de rencontrer de nombreux acteurs de la scène culturelle comme des artistes, des artisans d’art et des musiciens, je suis stimulé quotidiennement.

――On souhaite que le Japon aussi, à travers « Japonismes 2018 », voit l’épanouissement d’un nouvel attrait pour la culture qui transcende les genres et les générations.

 C’est aux nouvelles générations d’en avoir la volonté. Je suis frappé par le fait qu’au Japon, des responsables locaux ont fait le pari de la culture pour le développement de leur territoire, comme c’est le cas en France. Des festivals, comme la « Folle Journée » de Nantes, ont aussi trouvé leur prolongement dans votre pays. Je constate qu’à Kyoto, M. Daisaku Kadokawa, à Yokohama, Mme Fumiko Hayashi et à Niigata, M. Akira Shinoda ont fait ce pari gagnant.

――Pour terminer, avez-vous un message à dire aux Japonais ?

 Échanger, c’est s’enrichir au contact des autres. Même si « Japonismes 2018 » se déroule en France, il reste au Japon de nombreuses opportunités d’expérimenter de tels échanges. J’invite tous les Japonais à s’impliquer à leur mesure dans les relations franco-japonaises, y compris dans leur vie quotidienne. Il existe un nombre infini de passerelles, qui nous relient et qu’il faut mettre à profit pour donner à notre partenariat une perspective d’avenir.

interview, texte, photo:Mai TAKANO

Laurent Pic

 Né en 1964 à Paris 14e. Diplômé de l'INALCO et de l'IEP de Paris, il rejoint le ministère des Affaires étrangères en 1993. Après avoir occupé plusieurs postes à responsabilité, tels que secrétaire général adjoint du Secrétariat général des affaires européennes, ambassadeur aux Pays-Bas et directeur du cabinet du ministère des Affaires Étrangères et du Développement International de Jean-Marc Ayrault, il devient ambassadeur de France au Japon en juin 2017. Il est en outre chevalier de l’ordre national du Mérite.