ジャポニスム2018|Japonismes 2018

, (C)2018 Jean-Claude Cohen
© Jean-Claude Cohen JC Press

Chronique
10/04/2019

Devant le grand succès en France : mes pensées envers notre devoir

Naomi Kawase
Cinéaste et écrivaine

 Le grand événement « Japonismes 2018 : les âmes en résonance » inauguré en juillet 2018 et célébré à Paris et dans plusieurs autres villes de France pendant une année presque, vient de clore ce mois de février 2019. Cet événement avec plus de 3 millions de visiteurs, a permis de faire connaître la culture et le design japonais au public français. C’est ainsi que Voyage à Yoshino, tourné à Yoshino dans la préfecture de Nara, avec l’actrice française mondialement reconnue Mme Juliette Binoche dans le rôle principal, a été projeté pour commémorer l’ouverture de cet événement. Notre ministre des Affaires Étrangères Monsieur Kono Taro est venu ce jour pour représenter notre Premier Ministre Monsieur Shinzo Abe, qui avait dû annuler sa visite à Paris au dernier moment pour prendre les mesures nécessaires face à la catastrophe des intempéries meurtrières survenues à l’ouest du Japon. Le ministre était assis à côté de moi pour regarder ce film qui présente la nature belle et émouvante de Yoshino et la vision de la vie et de la mort des gens qui y vivent. Il m’a adressé cette parole à la fin du film : « J’ai vu un monde beau et profond ». « C’est cela, le Japon » lui ai-je répondu en me redressant toute fière.
 Nous avons aussi été honorés par la présence du Soumusocho, Directeur des Bureaux du temple Kinpusen-ji de Yoshino, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, et ses moines qui ont prié pour la paix dans le monde à travers le son de leurs horagai (au lecteur : horagai est un instrument de musique traditionnel semblable à la conque, fabriqué à partir d’une coquille de triton géant. Soumusocho est le représentant d’un grand temple en tant que entité moral, le prêtre principal d’un grand temple est appelé moshu).

 

© Jean-Claude Cohen JC Press

 

 Il y a aussi eu une exposition rétrospective « Naomi Kawase » au centre Pompidou pendant 6 semaines, commencée le 23 novembre. Cette occasion de présenter toute ma carrière d’un seul coup en France a eu une valeur très importante pour moi. Je ne peux exprimer que de la gratitude. J’ai réalisé une démonstration de calligraphie le jour de l’ouverture de l’exposition. La salle était remplie de visiteurs français qui l’ont regardée attentivement. Puis pour clore l’évènement, nous avons organisé le kagami biraki, la cérémonie d’ouverture des tonneaux de saké apportés de Yoshino, qui consiste à briser les couvercles afin de partager déguster le saké. Le saké de Yoshino a eu un grand succès et les tonneaux furent vidés en un rien de temps. Des court-métrages de 3 minutes filmés dans des communes de Nara étaient projetés dans la salle. Nous en avions préparé tout un lot intitulé « beau Japon », que nous diffusions sans interruption et en désordre. Les gens les fixaient comme transportés dans ce monde.
 
 Ainsi, tous les spectateurs qui ont ‘vécu’ l’histoire à travers les images me présentent ces paroles « je voudrais aller au Japon, je voudrais visiter Nara ». À travers « Japonismes 2018 », c’est en largeur et en profondeur que cette culture et cette tradition vivant dans la finesse et la subtilité ont pu atteindre le cœur des gens d’un autre pays. À l’approche des Jeux olympiques de 2020, la croissance du nombre de touristes arrivant au Japon n’aura de cesse de s’accélérer. Lorsque nous arriverons à les accueillir avec l’âme du « omotenashi », l’hospitalité à la japonaise, cette volonté sans prétention de rendre service qui vient du plus profond de soi, et lorsque les visiteurs pourront rapporter chez eux du vrai Japon, alors « Japonismes 2018 » aura pris tout son sens. C’est ainsi que nous allons continuer : avoir conscience de notre propre identité, passer à l’action pour transmettre à la génération suivante sans lésiner, et avoir un véritable échange culturel. Je ne peux m’empêcher de m’en réjouir.

 

© Jean-Claude Cohen JC Press

 

Naomi Kawase

 Le cinéma de la réalisatrice est indissociable de Nara, qui est son origine et son histoire. Elle ne s’écarte jamais de sa poursuite du « réel » que l’on peut voir depuis ses travaux documentaires jusqu’à ses films de fiction, qui ont remporté plusieurs prix dans de nombreux festivals cinématographiques à commencer par le Festival de Cannes. Parmi sa filmographie sélective, il y a Suzaku, La Forêt de Mogari, Still the Water, Les Délices de Tokyo, Vers la lumière, pour ne citer que quelques-uns. Sa carrière internationale réussie ne lui fait pas oublier ses origines. Fondatrice du Nara International Film Festival (2010), elle s’adonne à la formation des générations suivantes. Elle est choisie pour être la réalisatrice officielle du film des Jeux olympiques de Tokyo 2020.