ジャポニスム2018|Japonismes 2018


©Tadao Ando

Chronique
01/06/2018

Japonismes 2018

Tadao Ando

 Du point de vue des pays occidentaux, le Japon est littéralement un pays d’extrême orient. Autrefois, les Européens étaient fascinés par la culture mystérieuse de cette région du monde.
 Marco Polo, dans son Livre des merveilles, introduit le Japon sous le nom de pays de l’or. Mais c’est plutôt la culture toute particulière du pays qui attise fortement la curiosité de la société occidentale.
 La culture est une énergie nécessaire à la vie. Elle seule donne la force de créer de nouvelles idées et apporte une plénitude profonde. Pour la communauté internationale, la force d’une économie solide est plus facilement remarquée, mais la culture par sa nature apporte quelque chose d’encore plus puissant.
 Jusqu’à l’ère moderne, les Japonais ont cultivé une sensibilité délicate envers la nature et les beautés de ses transformations à chaque saison. Grâce à cette terre fertile, la fin de la période Edo a vu naître des arts populaires tels que le kabuki, le bunraku ou les estampes ukiyoe, très proches du mode de vie du peuple. Le Japon est ainsi devenu un exemple rare de pays où la culture populaire prospère. C’est avec ce sens de l’esthétique unique que l’Archipel a fortement influencé les artistes occidentaux, à commencer par le mouvement impressionniste dont Monet est un représentant significatif.
 Même en matière de littérature, le Japon a développé un style singulier. Matsuo Basho incarne le haiku, un poème en trois vers de cinq, sept et cinq syllabes. Ces limitations extrêmes n’empêchent pas de décrire les beautés de la nature ou les émotions humaines avec une sensibilité propre au Japon.
 En France, cette culture artistique nippone qui suscitait la curiosité a été nommée « japonisme ». Bien entendu, je n’oublie pas que la culture française, celle du pays des arts, a inspiré de nombreux artistes japonais. Les échanges franco-japonais ont toujours énormément contribué au développement culturel des deux pays.
 Qui plus est, l’année 2018 marque le 160ème anniversaire de l’amitié entre la France et le Japon, d’où l’évènement Japonismes 2018 à Paris. À cette occasion, une exposition sera ouverte à partir d’octobre au Centre Pompidou. J’y présenterai notamment mes œuvres de Naoshima et de l’Église de la lumière.

 

(Left)Benesse House, Kagawa, Japan, 1992/1995, photo by Mitsuo Matsuoka(Right) Church of the Light, Osaka, Japan, 1989, photo by Mitsuo Matsuoka

 

 

 Le projet de Naoshima ne consiste pas seulement en la construction d’un musée : il cherche également à faire ressortir l’harmonie entre l’environnement naturel et l’art et à permettre à la région de se développer grâce à l’architecture. Pour se rendre sur cette île isolée dans la mer intérieure Seto, il faut prendre un bateau.
 Quand j’ai entendu parler pour la première fois du projet en 1988, au début, j’ai pensé qu’au vu de l’accès difficile, peu de visiteurs se rendraient jusque-là. Mais à présent, Naoshima est connue dans le monde entier comme l’île de l’art et plus de 400 000 personnes la visitent chaque année.
 En 30 ans, de nouvelles œuvres architecturales ont été construites, mais l’idée de dissimuler les bâtiments dans la nature est toujours préservée, afin de ne pas endommager les paysages de la région. À mon avis, le fait de travailler dans des conditions a priori peu idéales et peu pratiques est justement ce qui a permis de réaliser une architecture unique à ce lieu.
 L’île se trouve loin du quotidien des visiteurs, le séjour leur donne l’occasion de méditer sur la vie. L’esthétique japonaise est très liée à la nature et c’est en apprenant beaucoup de cette idée que nous avons voulu créer un milieu où l’architecture, l’art et la nature ne font qu’un.
 Pour l’Église de la lumière, j’ai cherché à exprimer ma propre interprétation du thème récurrent de la lumière et de l’obscurité en architecture traditionnelle nippone. Lumière et ombre sont une source de la vie pour les hommes. J’ai pensé utiliser cette idée pour construire une architecture qui soit un soutien pour l’âme.
 Le jour qui entre par l’ouverture en forme de croix percée dans un simple bloc de béton brut fait ressentir au visiteur la fuite du temps et fait en sorte que l’expression de la salle change à chaque instant. Ce qui rend la croix si brillante, c’est l’existence de ténèbres profondes. Dans l’obscurité, la lumière est perçue comme un guide pour prier et pour s’unir d’un seul cœur. Les personnes qui se rassemblent dans l’église ont soif de cette lumière. Elle est le facteur commun qui leur permet de dialoguer. Cet espace possède d’un côté un aspect fort, de l’autre un aspect fragile.
 Pendant l’exposition, je souhaite présenter au public les procédés qui ont conduit aux bâtiments et aux espaces uniques au lieu où ils ont été construits, notamment à travers ces deux projets.

 Je repense à la première exposition que j’ai faite à Paris : c’était en 1982 à l’Institut français d’architecture. Cela fait maintenant 36 ans et le temps a filé. Je suis très heureux d’avoir à nouveau une telle occasion en célébrant cet anniversaire important.

Exhibitions:Tadao Ando

・Dates:
 Du 10 octobre au 31 décembre 2018
・Lieu:
 Centre Pompidou

Tadao Ando

 Né en 1941 à Osaka, il est autodidacte en architecture et fonde son cabinet d’architecture, Tadao Ando Architect & Associates en 1969. L’Église de la lumière au Japon, le bâtiment du Musée d'art moderne de Fort Worth au Texas et la Punta della Dogana à Venise sont ses œuvres les plus représentatives. Il reçoit de nombreuses distinctions, notamment le prix de l’Institut d'architecture du Japon en 1979 pour son projet « Maison Azuma » à Sumiyoshi, Osaka, le prix Pritzker en 1995, la médaille d’or de l’Union internationale des architectes en 2005 et l’ordre japonais de la culture en 2010. Il devient professeur à l’Université de Tokyo en 1997, et est toujours professeur émérite actuellement. En 2000, il établit la Fondation Setouchi olive pour restaurer de la nature endommagée en plantant des arbres dans la région de la mer intérieure Seto. En 2011, il devient président exécutif de la Fondation momo-kaki pour les orphelins du grand séisme de l’est du Japon.

Photographie d'Ando Tadao