ジャポニスム2018|Japonismes 2018


Chronique
28/03/2019

Japonismes est arrivé!   

Maha Harada

 Cela fait à peu près 10 ans que j’ai commencé à fréquenter Paris.
 Je suis une écrivaine qui continue à rédiger des « romans d’art », romans historiques où je tisse les trames de la fiction sur des toiles de fond choisies dans l’histoire de l’Art. De mon côté, ce qui me fascine le plus est la vague de réformes apportée par les artistes à Paris la capitale de France, entre la moitié du 19ème siècle et la moitié du 20ème siècle. Les peintres qui seront plus tard appelés les grands maîtres de l’art moderne, Monet, van Gogh, Matisse, ou encore Picasso étaient au début ignorés du public, incompris par celui-ci, mais ils ont persévéré et sont restés en accord avec leurs convictions jusqu’à la fin. Ce qui leur a valu d’être aujourd’hui aimés du monde entier. Il va sans dire que leurs œuvres sont conservées dans les musées des quatre coins de Paris. Quand je suis à Paris et que j’écris un roman, je peux me permettre d’avoir soudainement l’idée d’aller voir un musée et de me poser en face d’une vraie œuvre. Il était clair qu’aucune chose ne pouvait remplacer la joie que j’en éprouvais, et c’est ainsi que j’ai finalement loué un appartement, et je possédais dorénavant mon cabinet de travail. Ces derniers temps, pour écrire mes histoires dans ce cocon, je fais assidûment la navette entre Tokyo et Paris tous les deux mois, et je continue mes « escapades à l’improviste aux musées ».
 Depuis que j’écris des romans à partir de récits véridiques des maîtres de l’art moderne, je répète mes recherches pour savoir dans les détails comment ils ont vécu le réveil d’un « art totalement nouveau ». C’est ainsi que j’ai commencé à comprendre que beaucoup d’entre eux avaient été stimulés par l’art japonais et y avaient trouvé un moyen d’expression différent de ceux qui existaient jusqu’alors.
 Par exemple, il est généralement connu que Monet ou encore van Gogh ont reçu l’influence de l’ukiyoe (Au lecteur : estampe en couleurs de l’époque d’Edo). Bien évidemment je le savais aussi, mais je n’étais jamais allée plus loin et me demander pourquoi à un moment précis du 19ème siècle les impressionnistes et les peintres qui les ont suivis avaient été tous influencés par l’art japonais.
 Ce fait historique est directement lié avec la fin de la politique d’isolement du Japon qui fait son début dans le monde au milieu du 19ème siècle. Le Japon montre officiellement sa présence en France après la signature du Traité d’amitié et de commerce entre la France et le Japon (1858), et plus tard, c’est lors de l’Exposition Universelle de Paris (1867) que l’on découvre ses œuvres d’art et ses pièces artisanales. Le Japon devint alors en vogue, et ainsi, le japonisme faisait sensation.
C’est pendant une très courte période qui ne dépasse guère 50 ans, commençant à la moitié du 19ème siècle, que l’art sous ses réformes était passé de l’impressionnisme au postimpressionnisme, puis à l’art moderne. Hors, cette période correspond parfaitement avec la période pendant laquelle l’art japonais continuait à être présenté à trois Expositions Universelles de Paris. Pour ces jeunes peintres prometteurs et énergiques, chaque jour à la recherche de nouvelles formes d’expression, combien l’art japonais avait dû sembler nouveau et original à leurs yeux ! Ils furent passionnés du Japon, et de l’art japonais ils tirèrent formules d’expression et procédés techniques pour les adapter dans leur création. Il n’est pas exagéré de dire que le courant a finalement conduit au bourgeonnement de l’art moderne.
 Tout cela date d’il y a 160 ans, mais quand je reste sur Paris, j’ai souvent la sensation que, autant pour le Japon, la France reste une présence spéciale même de nos jours, autant pour la France, le Japon est une présence à part. Je pense que, pour beaucoup de Japonais, et j’en fais partie, la France doit certainement être l’objet d’adoration au niveau culturel et artistique, mais inversement pour les Français, l’image du Japon doit être celle d’un monde merveilleux rempli de surprises. Beaucoup de Français sont intéressés par la culture japonaise et comprennent le niveau élevé de sa qualité. Bien évidemment, l’art, mais aussi le design, le cinéma, le manga, l’animé, la mode, la gastronomie et bien d’autres… Le japonisme fait toujours rêver, beaucoup doivent sûrement rêver du Japon comme Monet ou van Gogh (qui était au fait hollandais). C’était donc normal que, lorsque j’ai su que l’année précédente était « l’année de Japonismes » célébrant le 160ème anniversaire des relations entre le Japon et la France, cette appellation me convint dans un accord plus que parfait.

 

National Treasure, Wind and Thunder God, Tawaraya Sōtatsu, Kennin-ji, Kyoto ©Graziella Antonini

 

 Pour cette année commémorative de Japonismes, divers expositions et événements sont au programme depuis l’année dernière à cheval sur ce nouvel an pour présenter la culture japonaise. Me permettant de dire qu’en tant qu’une des créateurs ayant une base à Paris, et écrivant des romans sur l’époque qui a connu l’effervescence du japonisme il y a 160 ans, je suis particulièrement heureuse que la culture japonaise soit à nouveau sous les feux de la rampe et appréciée par beaucoup de Français et les gens qui visitent Paris. Ce fut entre autres une expérience précieuse pour moi de voir l’exposition « Trésors de Kyoto : trois siècles de création Rinpa » qui a présenté pour la première fois en Europe le Trésor National « Dieux du vent et du tonnerre » de Tawaraya Sōtatsu.
 Pendant toute l’année 2017 jusqu’à mi-2018, j’ai écrit un roman en feuilleton pour divers titres régionaux dont le Kyoto Shinbun, intitulé « Fujin Raijin » (Dieux du vent et du tonnerre). Le protagoniste de ce roman était Tawaraya Sōtatsu dans son adolescence que j’ai passé un an et demi à animer (dont plus de la moitié à Paris), et ce fut une immense surprise et une joie inattendue de voir arriver sa fameuse paire de paravents à deux panneaux « Dieux du vent et du tonnerre » à… Paris…Jamais je ne m’étais imaginée me placer devant cette fameuse paire, la plus connue des peintures japonaises dont tous les Japonais arrivent tout de suite à avoir l’image dans leurs têtes, à… Paris. Une chance inespérée dont j’ai joui.
 J’ai accouru le premier jour de l’exposition, j’étais celle qui couve de ses yeux un membre de la famille lors d’une occasion solennelle, plus fière que jamais. Les visiteurs du musée en grand nombre s’émerveillaient voyant de près ce chef-d’œuvre unique, et moi devant ce spectacle, je souriais toute seule et faisais des signes de tête approbatifs. J’avais envie de sauter de joie en chantant « Japonismes arrive, où est le japonisme maintenant ? Ici au cœur de Paris ! » (Au lecteur : référence à une chanson enfantine populaire « Haru ga kita » (Le printemps est arrivé)).
 J’anticipe secrètement qu’un nouveau mouvement de l’art pourrait s’épanouir à l’occasion de cette année japonisante du 21ème siècle. Oui, du moins un créateur a vécu un changement— Moi.

Maha Harada

 Née à Tokyo. Elle fait ses débuts d’écrivain en 2006 après avoir travaillé en tant que conservatrice de musée. Prix Yamamoto Shūgorō pour « La toile du paradis ». Prix Nitta Jirō pour « Master Leach ». Auteur entre autres du roman fictionnel qui relate l’amitié entre le marchand d’art
 Tadamasa Hayashi et les frères van Gogh « Tayutaedomo shizumazu » (Proposition de traduction : Fluctuat nec mergitur).