ジャポニスム2018|Japonismes 2018


Photo : une scène du film FOUJITA ©2015 FOUJITA Production Committee

Chronique
28/03/2019

Premier français de FOUJITA : deux ans d’attente pour avoir la réaction du public français

Kohei Oguri
Réalisateur de cinéma

 FOUJITA a été présenté à l’occasion de Japonismes 2018. Il était sorti au Japon il y a déjà deux ans, mais sa distribution en France n’a pas pu être réalisée pour diverses raisons dont la faillite de la société de production française qui avait coproduit le film. Ce fut donc en pratique sa première représentation à Paris. Tous les billets de la grande salle de la Maison de la culture du Japon à Paris ont été rapidement vendus. Cela faisait longtemps que le casting et l’équipe de tournage attendaient ce jour, et la séance s’était déroulée dans l’enthousiasme.
 À la Maison de la culture du Japon à Paris était organisée l’exposition « Foujita, Œuvres d’une vie (1886-1968) », une exposition cherchant à retracer l’ensemble de la carrière de l’artiste Foujita. Elle contenait deux peintures décrivant des opérations militaires, les tableaux de guerre de Foujita.
 La plupart des Français ne connaissent pas cette facette de son histoire.

 

Photo : exposition « Foujita, Œuvres d’une vie (1886-1968) » à la Maison de la culture du Japon à Paris ©Hiroyuki Sawada

 

 Ses peintures de guerre ont été confisquées par le commandement suprême des forces alliées à la fin de la guerre. Elles restèrent longtemps aux États-Unis, en laissant les gens indécis sur la question de savoir si ces peintures étaient de la propagande ou purement de l’art. Elles retournèrent au Japon sous la forme bizarre de « prêts à durée indéterminée en 1970 ». Cette exposition en France est la première à montrer les œuvres originales à l’extérieur du Japon.
 FOUJITA juxtapose Foujita, la coqueluche de l’École de Paris au début des années 1920, et l’homme qui a continué à peindre des peintures de guerre après son retour au Japon. Foujita est un artiste qui a montré une discordance presque étonnante entre ses procédés techniques de peinture et sa manière de vivre, dans son parcours artistique et privé chevauchant ces deux périodes de sa vie. Mais il n’est pas facile d’éclaircir ce que cet artiste a profondément refoulé au fond de lui-même jusqu’à la fin de sa vie.
 « Japonisme » n’est pas une série de vagues japonisantes se déversant sur l’Europe. Le flux des vagues entraîne un reflux, les vagues s’encastrent. « Japonisme » représente aussi la lutte difficile des Japonais à la rencontre des Européens.

 

Photo : une scène du film FOUJITA ©2015 FOUJITA Production Committee

 

 La façon dont le film a été accueilli en France était variée. Cependant, d’une manière uniforme, c’était avec une profonde surprise que le public avait fait sa connaissance. Il y a eu ce commentaire suivant : ‘c’est un film qui utilise un style que je n’avais jamais vu jusque-là, et je ne sais pas si j’ai pu le comprendre, mais j’ai clairement senti que vous étiez décidé à prendre un risque énorme pour obtenir quelque chose’.
 Pendant le tournage, l’équipe de tournage me posait souvent la question suivante : ‘Oguri ne fait pas bouger la caméra quand il prend un plan d’ensemble, il ne prend pas de gros-plan d’un personnage non plus. Pourquoi ?’. Je leur donnais alors l’exemple de la langue japonaise avec cette expression : ‘on entends les cloches sonner’. Le ‘on’ ne précise pas un sujet spécifique. Plutôt que de savoir qui a fait quelle chose, la culture japonaise insiste sur « l’harmonie du lieu où se déroule un évènement ». Bien sûr une telle explication ne passe pas facilement. Quant au lieu de projection, il passe de la Maison de la culture à une salle de cinéma dans Paris, l’Arlequin.

Kohei Oguri

 Cinéaste. Né dans la préfecture de Gunma en 1945. Fait ses débuts en tant que réalisateur avec la rivière de boue (1981) (adapté de l’œuvre originale de Teru Miyamoto) qui est nommé pour l’Oscar du Meilleur film en langue étrangère. Il reçoit le Prix Georges Sadoul pour Pour Kayako (1984)(adapté de l’œuvre originale de Lee Hoesung), et le Grand Prix du jury et le prix FIPRESCI du Festival de Cannes pour l’Aiguillon de la Mort (1990)(adapté de l’œuvre originale de Toshio Shimao). Il réalise L’homme qui dort en 1996, la forêt oubliée en 2005, et FOUJITA en 2016.