ジャポニスム2018|Japonismes 2018


Chronique
26/03/2019

MANGA⇔TOKYO
Les mangas, animes, jeux, tokusatsu japonais et Japonismes 2018

Kaichiro Morikawa
Professeur adjoint à l’université de Meiji, Département des études globales sur le Japon (School of Global Japanese Studies)

 Dans le cadre de Japonismes 2018, il a été décidé d’organiser une exposition de mangas et animes à Paris, et je me suis chargé de la construction du projet.
 En amont d’une entreprise d’État visant à présenter mangas et animes à l’étranger, il y a justement la popularité des mangas et animes japonais à l’étranger. En France aussi, les animes japonais sont diffusés à la télévision et présentés dans les salles de cinéma, et les mangas japonais sont alignés sur les étagères des librairies. Ils sont aimés en tant que divertissements vivants, choisis parce qu’ils sont vivants, et consommés. Les mangas et les animes scintillent à l’instant présent de leur lecture ou de leur visionnage. Il n’y a donc pas beaucoup de sens à faire une simple exposition de quelques-unes de ces œuvres présentées dans un cadre. Alors que faire ?
 Il ne faut pas exposer des mangas et des animés en soi, mais plutôt faire une exposition au moyen de mangas et d’animes. Dans ce cas, que faut-il exposer? On nous avait laissé un grand espace d’exposition de 3500 m2, et nous avions décidé d’exposer la cité appelée « Tokyo ». Alors pourquoi Tokyo ?
 Même si des œuvres comme Dragon Ball mettent en scène un monde fictif, il y a dans les mangas, animes, jeux, tokusatsu (productions vidéo à effets spéciaux) japonais, une multitude d’œuvres qui utilisent comme scène des lieux qui existent vraiment, notamment pour beaucoup, l’histoire se déroule à Tokyo. Et avec ces œuvres, il est possible de faire la version tokyoïte du plan des Cent vues d’Edo (Meisho Edo Hyakkei, série d’estampes connue du peintre Hiroshige). Même plus, ce sont « Cent vues » qui se chevauchent sur une multitude de phases et d’espaces-temps, depuis le Tokyo pendant la période de haute croissance, pendant la bulle économique, vu par une jeune fille, vu par un jeune homme, vu par une femme au foyer, etc.

 

©Hiroyuki Sawada

 

 Et tout cela n’a pas du tout la même dimension que le simple fait de dessiner derrière les personnages, des endroits spécifiques de Tokyo. Par exemple, il y eu des œuvres comme Godzilla, Akira, Evangelion, où Tokyo est détruite par une présence incontrôlable qui dépasse l’intelligence et la connaissance humaine. Si nous nous intéressons au fondement de la réalité à l’origine de la fiction, nous pouvons y superposer l’histoire de Tokyo, qui à plusieurs reprises a été détruite et reconstruite par de grand séismes entre autres et qui est à moitié destinée à souffrir tôt ou tard d’un désastre. Dans Akira et Eva, destruction et reconstruction se répètent, et l’histoire de Tokyo est mimée par cette forme structurelle de scénario.
 Tout en étant fantastique, ces œuvres ont reproduit la réalité du Japon sur plusieurs phases et générations. N’est-ce pas justement sur ce point que se trouve une partie de la valeur culturelle exceptionnelle des mangas, animes, jeux, et tokusatsu ? Par le fait d’exposer le « Tokyo » mimé, nous avons essayé de transmettre cette particularité ou encore cette valeur.

 

©Hiroyuki Sawada

 

 Pour la mise en forme de l’exposition, nous nous sommes reposés sur la structure de l’espace d’un temple shintoïste, souvent représentés dans les animes japonais. Et pour l’espace qui servirait à l’introduction, nous avons reproduit les quartiers d’Akihabara (clientèle plutôt masculine) et d’Otome Road (clientèle plutôt féminine) où se concentrent de nombreuses boutiques spécialisées d’anime, comme un marché festif devant un temple. Puis, passé une avenue reproduisant un sandō (route qui mène les visiteurs au temple), le visiteur est accueilli par une maquette géante de Tokyo d’environ 22m×17m qui est placée comme un plateau de danse de Kagura (danse dédiée aux divinités). Les personnages de manga, d’anime, de jeux et de tokusatsu sont assimilés à des esprits et des divinités du lieu, et nous avons fait en sorte que les visiteurs puissent voir les différentes scènes des œuvres se dérouler dans divers endroits de la capitale en les projetant sur un écran installé tout au fond de la salle d’exposition.
 Faisant partie de l’assimilation spatiale, à la coulisse de la salle, nous avons installé un panneau d’affichage qui simule un panneau de temple shintoïste pour attacher les emas (plaques de bois où on inscrit son vœu), pour que les visiteurs puissent inscrire leurs commentaires ou dessiner leurs personnages favoris sur des cartes en forme d’ema et les accrocher. Par bonheur, l’exposition a eu un grand retentissement et quelques jours après son ouverture, le panneau était rempli d’emas accrochés par les visiteurs d’un large éventail d’âges. Nous avons pu constater par le nombre important de longs commentaires, l’intérêt important qu’ils ont porté au contenu de l’exposition.
 J’ai gardé un souvenir inoubliable sur la joie d’un étudiant de notre équipe sur place qui avait reçu le commentaire suivant par un couple de personnes âgées : « Nous ne connaissions pas grand-chose sur les mangas japonais, mais nous avons été impressionnés par leur richesse culturelle ». De plus, beaucoup avaient accroché leurs cartes avec le dessin de personnages de leurs souvenirs. Et j’ai redécouvert à quel point les mangas, animes, jeux et tokusatsu japonais avaient toujours été appréciés en France.
 Pour finir, je voudrais profondément remercier toutes les personnes qui ont prêté leur soutien et leur assistance (contribué) à la réalisation de cette exposition.

Kaichiro Morikawa

 Professeur adjoint à l’université de Meiji, Département des études globales sur le Japon, maîtrise en architecture à l’université de Waseda.
2004 : Chargé de l’exposition « Otaku : caractérologie = espace = villes » en tant que commissaire du Pavillon du Japon (exposition organisée par la Fondation du Japon) à la 9ème Biennale d’Architecture de Venise.
2008 : accepte le poste présent. Prépare l’ouverture du Musée International du Manga de Tokyo (titre temporaire) à l’université de Meiji, et prend part à l’administration de la Yoshihiro Yonezawa Memorial Library of Manga and Subcultures.
Parmi ses livres, Shuto no tanjō moeru toshi Akihabara (Learning from Akihabara : the birth of a personapolis), édition Gentosha (2003)