ジャポニスム2018|Japonismes 2018

Chronique
27/08/2018

À l’occasion de Japonismes 2018
— La culture Jomōn ouvre la voie au futur du Japon —

Masahiko Tsugawa
Chef principal du Comité général de Promotion Japonismes 2018
(Senior Chief of the Japonismes 2018 Comprehensive Promotion Board)

 C’est dans l’objectif de transmettre le charme de l’art et la culture japonais aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur de l’archipel, qu’en 2015 le Comité Consultatif sur le Projet Général “Beauté du Japon” (“Beauty of Japan” Comprehensive Project Advisory Panel ) fut constitué. Aujourd’hui, en 2018, nous fêtons le 160ème anniversaire des relations franco-japonaises. Et c’est en cette occasion que nous avons décidé d’organiser Japonismes 2018.
 Lors des discussions au sein du Comité, la triple catastrophe du 11 mars 2011 a été un moteur clef de réflexion sur ce qui se trouve à la base de l’art et la culture japonais : le sens de l’esthétique et les valeurs propres au Japonais.
 Le monde a été ému de voir les victimes du nord-est de l’archipel, qui au milieu de désastres extrêmes ont su garder et faire preuve de vertus telles que l’endurance, la patience ou la maîtrise du soi, le respect des convenances.
 D’où est né cette esthétique, comment a-t-elle mûri, et pourquoi a-t-elle pu continuer à s’épanouir même en cette situation de profonde détresse?
 Alors, nous pouvons affirmer que ce sens de l’esthétique est né avec l’invention des poteries les plus anciennes du monde, celles de l’époque Jomōn, qui, d’après la datation par le carbone 14, remontent à 16500 ans avant notre ère.
 Les hommes Jomōn étaient sédentaires, vivaient de chasse, de cueillettes, de pêche de poissons, de crustacés et d’algues, ils coexistaient avec la nature autour d’eux et prenaient soin d’elle. Et 10000 ans d’histoire qui ont suivi ont formé notre gène culturel et modelé la personnalité propre à notre pays.

 Avec l’invention de la poterie, les hommes ont commencé à stocker la nourriture, à cuire et mijoter, et avec l’enrichissement de la culture culinaire, ils commencèrent au contraire à prendre soin de ne pas tarir leurs ressources alimentaires.
 Est né la croyance que dans la nature, il y a une force vitale et un esprit-dieu dans tous les êtres vivants sans exception. Dans cette croyance, les animaux, bien sûr, mais aussi tous les éléments naturels, tels que chaque rocher, rivière, arbre, feuille étaient animés par un kami, un esprit-dieu. Cette croyance est devenu plus tard la religion shintoïste avec ses divinités shintoïstes.

 À l’instar de la nature toujours disposée de manière asymétrique, la culture Jomōn a toujours mis l’accent sur le fait qu’il n’existe jamais deux choses identiques. Aussi, tant de l’ombre qui naît de la lumière éclairant le monde, les Japonais ont apprécié “l’art de la soustraction” et “la pureté des formes dans leur simplicité”. Ainsi ils ont développé et aimé le haiku et le tanka (le premier est un poème extrêmement court de 21 syllabes, le second de 31 syllabes est considéré comme la forme la plus élevée de l’expression littéraire; ils ont un lien étroit avec le shintoïsme).
 Puis, il y a eu l’appréciation des marges, l’esthétique du vide, comme peuvent le montrer les peintures zen de Hakuin ou Sengai. De cette indulgence, naissait une culture qui était celle d’apprécier le côté kawaii des choses, et avec l’évolution de cette culture, l’animation japonaise, dont nous pouvons trouver maintenant des amateurs dans le monde entier.
 Je suis persuadé que c’est cet aspect de la culture nippone qui est le plus compris chez les Français.

 L’Exposition Universelle de Paris fit découvrir l’ukiyo-e (mouvement artistique japonais de la période Edo comprenant notemment les estampes gravées sur bois), et les œuvres de Hokusai ou Hiroshige furent très appréciées par les peintres du mouvement impressionniste. C’était le début d’un engouement appelé le japonisme.
 L’exposition “ Fukami, une plongée dans l’esthétique japonaise” désignée projet officiel de Japonismes 2018, aborde le thème de la diversité de la culture japonaise et son sens de l’esthétique. Je vous invite vivement à y découvrir un de nos trésors nationaux, la Kaengatadoki (poterie jomōn en forme de flamme). Sa beauté plastique nous laisse coi, nous demandant comment un objet d’art d’un tel niveau a pu avoir été créé à l’ère Jomōn.
 Une des autres pièces iconiques de cette exposition est l’objet d’art en laque de Zeshin Shibata, réalisé avec la technique traditionnelle du maki-e, qui avait été présenté à l’Exposition Universelle de Vienne. La laque était utilisée depuis la période Jomōn, et son utilisation a perpétué ainsi au long des millénaires en se perfectionnant, améliorant ses techniques sur l’endurance et l’ornementation.
 C’est notre gène culturel, aimant la nature, la vénérant comme notre dieu, et coexistant avec, qui en fusionnant avec les cultures d’autres pays— comme par exemple le syncrétisme de la religion shintoïste et le bouddhisme, puis le rassemblement du confucianisme à ce syncrétisme, ou encore la diversification de la langue— a petit à petit formé la culture nippone. Mais une chose est certaine : aucune culture ne dédaigne la nature.
 Je suis persuadé que le Mont Fuji, qui aurait dû être un patrimoine naturel, a été nommé patrimoine culturel, parce que le monde a reconnu les deux choses suivantes : dans notre longue histoire, remontant à la nuit des temps, cette montagne sacrée a été vénérée comme le symbole du culte de la nature; et l’art de notre pays a toujours puisé sa source d’inspiration de notre amour pour la nature
 Avec Japonismes 2018, en présentant au monde entier, à commencer par la France, le sens de l’esthétique japonais qui nous a été transmis depuis la période Jomōn, j’espère que ce sera une occasion pour le peuple japonais de redécouvrir sa culture et d’explorer de nouveaux horizons, l’avenir.

Masahiko Tsugawa

 Né en 1940 à Kyoto. Issu d’une famille illustre de cinéma, son grand-père du côté maternel est le réalisateur Shozo Makino, « le Père du cinéma japonais ». Son père est l’acteur Kunitaro Sawamura, son grand-frère est l’acteur Hiroyuki Nagato, son oncle et sa tante du côté paternel sont les acteurs Daisuke Kato et Sadako Sawamura. Son oncle du côté maternel est le réalisateur Masahiro Makino. Après avoir joué plusieurs rôles d’enfant, il fait sont vrai début dans le film Kurutta Kajitsu (1956). Depuis il tourne dans de nombreux de films et séries télévisées. En tant que réalisateur, il présente en 2006 son premier film Nezu no ban, sous le pseudonyme de Masahiro Makino, l’oncle qu’il vénérait. La même année il est médaillé du Shi-ju Hosho (Médaille du Ruban Pourpre, décernée à « ceux qui ont contribué au développement des sciences et des arts par la clarté de leurs publications »), en 2014 il est décerné de l’Ordre du Soleil Levant (la quatrième classe).


Monsieur Masahiko Tsugawa, qui a contribué à l’inauguration de Japonismes 2018 en tant que Chef principal du Comité général de Promotion Japonismes 2018, est décédé le 4 août 2018. Nous lui adressons nos sincères remerciements pour sa générosité en gardant le souvenir de tous ses accomplissements, et nous prions pour que son âme repose en paix.

Bureau pour Japonismes 2018, Fondation du Japon

Image de profil de M. Tsugawa